L’art de s’habiller en samouraï


La fermeture de notre dojo m’amène ces derniers jours à quelques réflexions au sujet de la perception de notre chère discipline – le Kendo. Ayant fréquenté, au cours de mon apprentissage, divers dojos, stages, compétitions, en France et ailleurs, j’ai pu y rencontrer nombre de pratiquants.

Pourquoi fait-on du Kendo ?

Doté d’une apparance « tape-à-l’oeil » – armure, sabres en bois évoquant le vrai katana (le bokken), le Kendo attire sans doute beaucoup de personnes par simple rêverie. Vivre une expérience à la Tom Cruise dans le dernier samouraï, ça vous dit ?
A-t-on un jour vu un film de samouraï, a-t-on lu des histoires anciennes, feuilleté des albums de photos ou s’est-on passionné pour le Japon et tout ce qui va avec ?

Diverses raisons, aucune n’en est critiquable, tel est le chemin de la curiosité.

Que le Kendo attire beaucoup de rêveurs, c’est un fait. Que la plupart n’arrivent pas à franchir un premier seuil d’apprentissage est un autre fait. Les histoires de gloire romanesque, sabres dégainés et autres se heurtent à la réalité de l’apprentissage, et surtout à sa durée. Car le secret de la technique ne réside pas en de mulitples façons de brandir son sabre, plus secretes l’une que l’autre, mais en de choses simples – la maîtrise de soi, juger le bon instant, réaliser une action fulgurante comme si de rien n’était.

Se maîtriser – voilà une chose dure à réaliser ! Paradoxalement, il est infiniment plus difficile de résister à l’envie de brandir son sabre que de l’agiter dans tous les sens. Combien d’entre nous se sont posés comme objectif de « tenir le coup » face à leur adversaire et se sont ensuite surpris de partir nerveusement en actions et gestes inutiles ? Tous, sans doute.

Combien de temps prend-t-il pour réalise un bon Men ? Lorsque Ota senseï démontrait la technique du Ayuchi Men, il dit « cela vous prendra 10, 20, 30 ans… entraînez-vous ! »

Kendo, d’abord et avant tout, c’est une affaire d’entraînement. Dans un art martial ou la force physique et l’agilité ne sont que des variables relatives nous avons l’incroyable opportunité de pratiquer « aux armes égales » sans différence d’age. Avant toute discussion sur le Kendo, interrogez-vous – « combien de temps je m’entraîne ? » Il est évident qu’avec un entraînement par semaine (sauté de temps en temps) vous n’y arriverez jamais, ne serait-ce que d’apprendre les bases du Kendo. Que reste-il pour un réel apprentissage ?

Ceci ne gêne pas cépendant des débutants de s’empresser à mettre l’armure le plutôt possible, tel un sacre. Félicitations, vous êtes habillés en samouraï ! Et ensuite ?

En dehors des simples rêveurs, d’autres considèrent le Kendo comme un sport parmi d’autres. Rappelons que Zen Nihon Kendo Renmei (l’organisme suprême concernant le Kendo) refuse depuis toujours a admettre le Kendo dans le Jeux Olympiques, malgré les souhaits et relances à répétition. Pourquoi ? Ils estiment que cela porterait tort au Kendo en lui conférant des aspects qui lui sont étrangers – la performance sportive, la gagne à tout prix et tout le tapage qui va avec.

Des dojos à travers le monde s’engagent cependant sur des chemins pareils – ne pas prendre un point, marquer un point. On y voit alors des gens sautiller, se tortiller pour « toucher un point ». Aucun intérêt. Pour répondre à cet esprit, fut inventé le Chambara, cependant on n’y voit pas transfuger « les sportifs ».

Depuis mes débuts, les personnes qu’ont débutées de mon temps et qui sont toujours là se comptent à peine sur les doigts d’une main. Malheureusement.

J’ai entendu beaucoup de personnes à travers les années justifier tel ou tel choix en Kendo avec les autres – professeurs « incompétents », adverssaires « incompétents », ambiance qui ne convient pas, etc, etc… Souvent des raisons évoquées pour justifier leur propre abandon.

Kendo, à mon avis et sans aborder son essence ici, est d’abord une affaire personnelle. Kendo vous met face à vous-mêmes : vos peurs, vos capacités à vous maîtriser, à vous améliorer. Il est d’autant plus riche qu’il reflète la personnalité de chacun. C’est pour cela qu’on ressent un tel sentiment « d’échange » lorsqu’on pratique avec un partenaire.

Evidemment, lorsqu’un dojo ferme, c’est une occasion de moins pour nous améliorer nous-mêmes.

Mais on pourra toujours s’habiller en samouraï… A l’occasion.



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Commentaires & Réflexions
2 commentaires
  1. Lynk Hirosue le septembre 20, 2009 à 2:08

    Juste pour dire que ce billet est très intéressant. Il me conforte un peu dans mes choix et m’éclaire dans d’autres.

    Arigato

  2. Ippon le septembre 22, 2009 à 9:51

    Je viens de lire ce commentaire au hasard de surfs « kendoistiques » et adhère à 101%.
    Je pratique depuis 16 ans et j’ai l’impression de lire mes propres impressions.
    Mais j’aurais été incapable de les rédiger aussi bien. Merci.


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Tekkaba kendo Dojo

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Samedi : 10h - 11h30

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